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40 Criminologie 3 (2007)

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Introduction


Serge Brochu
Professeur
Ecole de criminologie, Université de Montréal
serge.brochu@umontreal.ca



Toxicomanie,  dépendance,  assuétude, conduites addictives... Voilà
beaucoup  de mots pour décrire une même réalité; mais est-ce bien une
même  réalité ou ces mots ne dévoileraient pas plutôt des nuances ainsi
que l'évolution de notre compréhension du lien qui s'établit entre une
personne et un produit ou une activité? Ainsi, au milieu du xxe siècle,
le terme «toxicomanie»  était fort populaire pour décrire une manie
(maladie mentale qui appartient, comme la dépression, aux troubles de
l'humeur) qui se caractérisait par la prise répétée et excessive de toxiques.
Selon cette conception, la toxicomanie constituait donc un problème
mental et il n'était pas rare de soigner les toxicomanes dans les hôpitaux
psychiatriques. Le terme «toxicomanie» renvoie donc au caractère de
la personne tout en établissant un lien avec un produit dépendogène.
Les mouvements  d'entraide, tels les Alcooliques Anonymes, affirmeront
même   que le toxicomane ne  peut jamais vraiment se départir de sa
dépendance.
   L'American Psychiatric Association s'est éloignée de cette conception
reliée aux troubles de la personnalité dans son recueil de règles dia-
gnostiques, le Diagnostic and Statistical Manual ofMental Disorders (DSM,
qui en est maintenant à sa 4e révision). Elle associe plutôt la dépendance
à un ensemble de comportements  observables.
   Pour sa part, Stanton Peele (1982) nous a invités à étendre notre
notion de dépendance  à des formes de comportement qui n'étaient pas
reliées à une substance psychoactive. Ainsi, dans son essai sur le cycle
d'assuétude, il nous indiquait que des mécanismes semblables opéraient


Criminologie, vol. 40, n° 1 (2007)