About | HeinOnline Law Journal Library | HeinOnline Law Journal Library | HeinOnline



30 Criminologie 3 (1997)

handle is hein.journals/revucmnlog30 and id is 1 raw text is: 




ÉDITORIAL


                                     CRIMINALITÉS ÉCONOMIQUES
                                                       Jean-Luc  Bacher




     Criminalités économiques. Voilà un thème qui ne manquera pas de rap-
peler à certains de nos lecteurs la parution, il y a vingt ans cette année, d'un
numéro  de la revue qui s'intitulait alors Affaires et criminalité au Québec.

     Criminalités économiques au pluriel, car les écrits rassemblés dans ce
numéro  rendent compte de formes de délinquance qui, si elles s'inscrivent
toutes dans le cadre de relations ou activités économiques, sont assez diffé-
rentes les unes des autres.

     Cette nouvelle incursion dans le monde de la délinquance économique
nous situe bien évidemment très loin de la criminalité sulfureuse et violente
que les médias à sensations aiment à relater. Elle nous fait notamment pénétrer
dans le monde des échanges commerciaux.

     Si ce monde semble jouir aujourd'hui d'une certaine considération dans
le public, il a autrefois été perçu comme peu recommandable et mal famé.
Mercure  n'était-il pas à la fois le dieu des voleurs et des marchands ? Ce
père de la démocratie occidentale, qu'est Aristote voyait dans le commerce
une activité que l'on ne pouvait exercer sans manquer aux exigences de la
justice, une activité « qui n'a point de terme où puisse s'arrêter la cupidité' ».
Pour le philosophe, le commerçant était à ce point indigne qu'il ne trouvait
pas judicieux de lui reconnaître les droits et responsabilités politiques in-
combant, dans la cité, aux citoyens libres. Si les propos d'Aristote peuvent
sembler quelque peu excessifs, ils nous incitent toujours à nous intéresser au
monde  des activités économiques afin de chercher à savoir si ce monde est
plus criminogène que les autres et, dans l'affirmative, dans quelle mesure.

     Parler de criminalité économique, c'est consentir à porter son attention
sur d'autres délinquants que ceux qui suscitent dans le public toute la gamme
des sentiments se situant entre la haine et la pitié. C'est aussi se pencher sur
d'autres délinquants que ceux qui inspirent aux professionnels de l'interven-
tion leurs désirs d'aider, d'éduquer, de socialiser, de réintégrer, de soigner,
bref de traiter.
     Dans le spectre des phénomènes criminels, la criminalité économique
se situe à cette extrémité où la majeure partie des comportements délinquants
sont, à l'instar d'innombrables comportements respectables, motivés par
l'envie de s'enrichir, par l'aspiration à plus de bien-être, par le goût d'un


     1. ARISTOTE, La Politique, Paris, Denoël/Gonthier, P.U.F., 1980, p. 32.


Criminologie, XXX. 1, 1997