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29 Criminologie 3 (1996)

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ÉDITORIAL


                                                          Guy  Lemire'
                                                          Jean  Proulx2






     Si, depuis les années 1950, la réhabilitation a pris place parmi les
finalités pénales les plus importantes, elle a connu au cours de ces décen-
nies un sort variable. Quoique critiquée, elle n'était pas remise en question
jusqu'à ce que  Martinson  (1974) effectue une  analyse de  l'impact de
programmes  de réhabilitation sur la récidive et conclue : «Nothing or almost
nothing works  in criminal rehabilitation ». Cette phrase célèbre a fait en
sorte qu'un état de pessimisme a prédominé pendant un certain temps quant
aux possibilités d'interventions avec une clientèle judiciarisée.
     Il importe de souligner que, dès sa parution, la conclusion de Martinson
a été critiquée par certains auteurs, notamment Palmer (1975). Ce dernier
soulignait que plusieurs des programmes analysés étaient déjà désuets, non
spécialisés et d'une portée limitée. C'est toutefois depuis une dizaine d'an-
nées que des méta-analyses provenant de sources diversifiées ont démontré
que certains types de programme d'intervention pouvaient réduire de façon
significative les taux de récidive chez les délinquants (Andrews et coll.,
1990;  Hollin, 1993; Izzo et Ross, 1990; Whitehead et Lab, 1989). Lipsey
(1992)  rapporte également  certaines caractéristiques des programmes
d'intervention les plus efficaces, soit: 1) un caractère structuré et multi-
modal;  2) l'inclusion d'un volet cognitif se rapportant aux attitudes en
faveur des comportements  antisociaux; 3) l'ajout d'un suivi dans la com-
munauté  après l'intervention en institution; 4) un engagement de la famille.
     Ainsi, il est possible d'intervenir avec succès auprès d'une clientèle
judiciarisée. En quelques décennies, nous sommes donc  passés d'un opti-
misme  total à un pessimisme total puis à un optimisme prudent et réaliste.
     Une fois l'efficacité des programmes de traitement démontrée, l'on
doit s'interroger sur l'intérêt de les implanter, Lemire (1990) souligne que
devant l'échec des prisons entrepôts et des prisons démocratiques, on peut
opter pour la prison rééducative. La réhabilitation des délinquants donne un
sens, non seulement  à des programmes  d'intervention, mais aussi à des
structures organisationnelles.
     Le présent numéro de la revue Criminologie a pour fil conducteur des
avenues cliniques avec une clientèle judiciarisée. Ainsi, dans un premier

     1. Directeur de l'École de criminologie, Université de Montréal, C. P. 6128,
succ. Centre ville, Montréal, Qc, H3C 3i
     2. Professeur à l'Ecole de criminologie à la même adresse que ci-dessus.


Criminologie, XXIX, 1, 1996