About | HeinOnline Law Journal Library | HeinOnline Law Journal Library | HeinOnline



27 Criminologie 3 (1994)

handle is hein.journals/revucmnlog27 and id is 1 raw text is: 




ÉDITORIAL


                             VERS  LES  APPLICATIONS PRATIQUES
                             DE   L'ANALYSE SPATIALE DU CRIME
                                                        Marc  Ouinet'



    Le  crime, comme de nombreux  autres phénomènes  sociaux, n'est pas
distribué aléatoirement dans l'espace. Par exemple, l'homicide est plus
fréquent dans la région métropolitaine de Montréal que dans le reste du
Québec. On  peut aussi penser que certaines zones du territoire montréalais
ont plus d'homicides que d'autres. Finalement, à l'intérieur de zones où
l'homicide est plus fréquent qu'ailleurs, certains segments de rue sont plus
dangereux que  d'autres. Ces données montrent que le crime est spatiale-
ment  déterminé et donnent raison à ceux qui considèrent les risques de
victimisation estimés avant de planifier leurs déplacements quotidiens.

     Depuis ses débuts, l'analyse spatiale en criminologie a pris une variété
de formes. Le statisticien belge Quételet a établi la distribution spatiale des
crimes en France et l'a comparée à d'autres statistiques morales (1831).
Guerry était fasciné par la constance des nombres du crime. Selon lui :
« Non seulement les crimes sont commis dans une proportion connue, en un
lieu déterminé, par des individus dont le sexe et l'âge sont prévus, une
saison est encore affectée à chacun d'eux » (1833, p. 11). Plus tard, Park et
Burgess  (1925), de même  que Shaw  et McKay  (1942), identifièrent les
zones  les plus criminogènes de Chicago. Plus récemment,   l'américain
Lebeau  (1992) a montré que les agresseurs sexuels suivaient des patterns
spatiaux-temporels spécifiques. Compte tenu de la diversité des thèmes
développés et des méthodes de recherche suivies par ceux qui ont intégré
l'espace à leur propos, il n'y a pas, à proprement parler, une tradition de
recherche en analyse spatiale du crime.

    En  utilisant la catégorisation des niveaux d'analyse en criminologie
développée par Pinatel (1963), il est possible de regrouper les pratiques des
chercheurs qui ont intégré l'espace dans leur conceptualisation. Première-
ment, l'analyse spatiale peut éclairer le chercheur qui étudie l'incidence de
la criminalité. Par exemple, on tentera d'identifier les facteurs socio-
démographiques  pouvant expliquer la distribution de l'incidence de la cri-
minalité observée pour différents quartiers d'une ville. Deuxièmement,
l'analyse spatiale est utile à celui ou celle qui étudie le crime, c'est-à-dire,
qui cherche à comprendre les éléments expliquant l'occurrence d'un crime
à un endroit et à un moment précis. On pourrait, par exemple, identifier
précisément sur la carte d'un quartier l'endroit où un certain nombre de
vols de véhicules à moteur ont eu lieu et tenter d'expliquer la distribution

     1. Professeur, École de criminologie. Université de Montréal, C.P. 6128,
Succ. A, Montréal, Québec. H3C 317.


Criminologie. XXVIl, 1,1994