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25 Criminologie 3 (1992)

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ÉDITORIAL


                           FÉMINISME ET CONTRÔLE PÉNAL,
                              DE  LA  THÉORIE À LA PRATIQUE
                                                   Louise L. Biron*



    Il y a neuf ans, soit en 1983, la revue Criminologie publiait son
premier numéro  sur les femmes. Il s'intitulait Les femmes et la justice
pénale.

    La lecture du présent numéro permet de constater que l'articulation
de cette question a franchi un bond prodigieux en moins de dix ans. Le
décalage est étonnant et les changements  se font sentir à plus d'un
niveau. De  fait, les questions laissées sans réponse, les affirmations
empreintes de prudence, un  tâtonnement conceptuel sans issue appa-
rente semblaient marquer les textes de cette période.
     Il est maintenant possible d'identifier l'apport très net de la pensée
féministe et ce, tant au plan législatif et pénal qu'à celui des para-
digmes. En effet, depuis une dizaine d'années, cette pensée, quelle que
soit son orientation d'ailleurs, a dominé la scène et marqué de façon
irréversible l'ensemble de la production sur la question des femmes en
criminologie. Il s'ensuit que les formulations prennent un ton plus inci-
sif et que les solutions proposées nous plongent dans un univers à la
fois plus complexe et plus riche.

     Plus complexe, parce que les voix qui se font entendre reflètent les
ambiguïtés inhérentes à des discours qui se veulent tantôt empreints de
principes de justice, tantôt orientés vers des modèles d'aide et de sou-
tien (Daly, 1989). Complexe, parce que les points de vue épistémologi-
ques  s'affrontent et qu'aucun ne permet, à la satisfaction générale, de
rendre compte de la réalité des femmes. Complexe aussi, parce que les
principes qui guident la réflexion sont interpellés par des impératifs
d'intervention et d'action que commande la situation   actuelle des
femmes.

     Paradoxalement, cette complexité alimente le débat en lui appor-
tant une densité et une ouverture qui l'enrichissent. Les analyses sub-
tiles sur la question du genre, par exemple celle d'Edwards (1989),
l'éclatement de modèles traditionnels favorisant l'introduction de nou-
velles variables et permettant une élaboration conceptuelle plus diversi-
fiée, ou encore des approches méthodologiques moins axées sur le seul


     * Professeure, École de criminologie, Université de Montréal, case postale 6128,
succ. « A », Montréal (Québec) H3C 3J7.


Criminologie. XXV, 1, 1992